Observations sur Atypus affinis (Mygalomorphae, Atypidae) Eichwald, 1830 en région Lorraine.

 

 

Dans le cadre d'un travail de recherche de licence de biologie, sur les Mygalomorphes, nous avons cherché à observer et recueillir des individus d'Atypus affinis sur le terrain dans différentes zones de la région Lorraine où nous étions susceptibles de les trouver. Ces recherches ce sont déroulées entre la dernière semaine du mois de Mai et la première semaine du mois de Juin. Nous nous sommes d'abord rendus dans les Vosges à proximité de la commune de Vexaincourt, située dans le massif du Donon, sur les conseils de Mr Guérold, le professeur nous supervisant sur nos recherches, qui avait déjà observé cette espèce dans la région. Nous avons également effectué des recherches sur les plateaux calcaires et les pentes des versants sud au alentours de Gorze, à 20 km au Sud de Metz, mais aussi sur les pelouses calcaires d'Arnaville, à 25 km au Sud de Metz. Nous avons trouvé des terriers et des spécimens d'Atypus affinis dans les Vosges et sur les pelouses calcaires mais nos recherches sur la commune de Gorze n'ont rien donné.
La zone de prospection dans les Vosges, située sur un versant sud de nature argilo-sablonneuse, était longue d'environ 3 km. Après 3 heures de recherches nous avons trouvé un site colonisé par Atypus affinis, situé à la moitié de la zone de prospection. L'ensoleillement était d'environ 30%.
Le site regroupait 31 terriers dans un périmètre de 1,50*2,70m. Bien que rapprochées, les chaussettes nous ont semblé avoir une répartition aléatoire. Le site était recouvert d'une végétation de mousse recouvrant environ 90% de la surface du site et de nombreuses racines du à la présence d'un grand chêne en haut du coteau. Le temps pour déterrer une chaussette entière varie entre 15 et 20 min en fonction de sa taille et de la présence d'obstacles comme des racines ou des cailloux. La partie externe des toiles variait de 3 à 9 cm pour des longueurs totales allant de 8 à 24 cm pour la plus grande. La partie externe est toujours recouverte de débris végétaux et de terre et pend le long de la pente . La partie interne se termine le plus souvent à proximité d'une racine.
Nous avons réussi à extraire 4 spécimens d'Atypus affinis. Ils ont été à chaque fois découverts au fond du tube, repliés sur eux-mêmes.

 Spécimen

 Taille de l'individu
( sans les pattes, en cm.)

 1

 0,8

 2

 1,8

 3

 0,7

 4

 2,1

A l'observation de la morphologie des 4 individus, nous avons conclu qu'il s'agissait de 4 femelles. En effet, leur abdomen est massif et leurs pattes sont courtes .
Nous avons ensuite commencé à les élever. Les individus 1 et 3 ont été placés ensemble dans une boite de 9*5*6 cm rempli au 2/3 de terre récupérée sur le site lui-même. Les deux plus gros spécimens ont été placés dans de grands bocaux de 15 cm de hauteur et de 9 cm de diamètre. Là encore ils sont remplis au 2/3 mais d'un mélange de terre finement broyée, de sable fin et de quelques débris végétaux de mousses et de sphaignes notamment, afin de reproduire au mieux les conditions de milieux de cette espèce. Il est à noter qu'aucun trou n'a été creusé dans le substrat afin de mieux observer la façon dont Atypus affinis élabore son terrier. Les bocaux ont été placés dans une pièce où la température est de 22°C en moyenne et les conditions d'ensoleillement sont moyennes. Des conditions d'humidité moyenne sont également entretenues. Les observations se sont déroulées sur une période de 3 semaines.
Les araignées semblent dans un premier temps rechercher l'endroit propice où initier la construction du terrier. Dans le cas des 4 individus, l'installation s'est faite le long des parois. Ceci pourrait s'expliquer par le fait que ces araignées tissent leurs chaussettes de soie le long de fortes pentes dans un grand nombre de cas. Dans un deuxième temps les araignées creusent légèrement la terre puis commencent l'élaboration de la chaussette. Celle-ci prend forme très rapidement. En effet, dans le cas du spécimen n°2, une ébauche d'environ 1 cm était construite en l'espace de 4 heures. Après 3 jours et une nuit la taille de la chaussette atteignait 6,5 cm dans sa partie externe. La construction de cette toile est réalisée principalement la nuit. L'animal agrémente ensuite sur toute la surface de la partie externe du tube de petits grains de terre ainsi que les débris végétaux que l'araignée a pu récupérer. Le spécimen n°2 s'est ensuite attaché à creuser une galerie souterraine en rabattant les grains de terre en formant un petit monticule le long de la chaussette verticale, qui semble jouer un rôle de soutien de la toile.
Les autres individus (1,3,4) n'ont pas donné les mêmes résultats. En effet, en ce qui concerne les spécimens 1 et 3, seul l'individu 3 a commencé à tisser l'ébauche d'un tube de soie. L'individu 1 a légèrement creusé la terre le long d'une paroi avant de s'enfermer dans une sorte de cocon et de ne plus montrer aucun signe d'activité. Il est possible que l'individu soit entré en période de mue ou tout simplement qu'il soit en train de mourir, les conditions du milieu ne le satisfaisant pas. L'individu n°4 semble lui aussi avoir du mal à s'adapter aux conditions. Il a cherché longtemps un endroit où s'installer, pendant 3 jours, avant de s'enterrer et de former un monticule de terre d'environs 2 cm de haut. L'animal n'a plus montré de signes d'activité pendant 10 jours avant, tout comme le spécimen n°2 et au même endroit dans le bocal, de tisser une chaussette de soie . En deux jour celle-ci atteignait le sommet du bocal.

Les sites de prospection sur les pelouses calcaires d'Arnaville étaient deux grandes pelouses fermées légèrement en pente où le brome érigé constituait l'espèce végétale dominante.
Nous n'avons trouvé que deux terriers d'Atypus sur deux pelouses différentes séparées d'environ 200 mètres par une rangée d'arbres et de buissons. Le taux d'ensoleillement est de 99%. Le sol est une argile relativement grossière. Ces deux conditions écologiques sont radicalement différentes de celles que nous avions trouvées dans les Vosges. Néanmoins le sol est également couvert de mousse. Les deux chaussettes ont été découvertes dans des zones relativement dégagées de hautes herbes, à la base de petites butes de terre hautes de 5 cm, sur lesquelles poussent des graminées. Les deux chaussettes mesurent respectivement 13 et 16 cm de longueur. Dans la première, nous n'avons pu extraire que deux exuvies d'Atypus sp.. Dans la deuxième, nous avons eu la surprise de trouver deux individus, le premier caché et replié au fond du tube de soie et le second replié à l'extrémité externe de la chaussette. Il est à noter qu'aucun cocon n'a été trouvé dans le tube de soie. Après observation, nous avons pu déterminer que le premier individu était une femelle et le deuxième un mâle, l'abdomen étant beaucoup plus fin et plus petit et les pattes plus fines et plus longues Il n'y avait aucun trou dans la chaussette après que nous l'aillons extraite. Il semble donc que les deux spécimens cohabitaient depuis un certain temps. Le mâle présente une taille impressionnante dans la mesure où celle-ci est de 1,7 cm sans les pattes, alors que D. Jones, dans le guide des araignées et opilions d'Europe, estime la taille des mâles entre 0,7 et 0,9 cm.
Ces deux spécimens ont ensuite été placés en conditions d'élevage. Dans un premier temps, nous avons enfermés les deux individus ensemble. La femelle a commencé à creuser légèrement la terre et à tisser, alors que le mâle restait inactif. Au bout d'une journée, les deux araignées s'étaient regroupées ensemble dans l'ébauche d'un terrier. Cette attitude paraît inexplicable dans la mesure où la reproduction et la recherche des femelles par les mâles se déroulent en automne. On sait également que le mâle peut cohabiter avec la femelle, mais seulement durant l'hiver. Nous avons ensuite séparé les deux individus. Le mâle est toujours resté pratiquement inactif, alors que la femelle s'est très rapidement mise à tisser le début de la chaussette de soie en commençant par la partie externe. Contrairement aux spécimens provenant des Vosges, celle-ci tisse sa toile à la surface du sol, à l'horizontale, et non pas à la verticale contre les parois des bocaux. Il semble donc qu'en conditions d'élevage, les araignées tissent leur tube de soie de la même façon qu'elles le faisaient dans les conditions naturelles dans lesquelles elles évoluaient. Le mâle est mort 2 jours après avoir été séparé de sa compagne. Il devait donc être dans un état de sénilité avancé, ce qui n'est pas surprenant dans la mesure où celui-ci a apparemment passé tout l'hiver et le printemps en compagnie de la femelle, ce qui est bien plus que les durées observées normalement.
Nourrir les individus est également compliqué. En effet toute la nourriture présentée aux différents spécimens a été refusée durant près de 2 semaines. Cette nourriture était composée de mouches de petites tailles (0,5 cm) et de petites sauterelles, vivantes ou mortes.

Ces observations, coécrites par Jean-Marc Birat et Christophe Rocanière, sont tirées de l'article du même nom publié dans le n°51 d'"Arachnides" (4ème trimestre 2001).

 

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